De plus en plus de téléphones mais pas d’électricité et parfois peu de réseau : comment contribuer à l’équation de l’Afrique rurale ?

Article publié le 3 juillet 2017, par Laura Pargade

Près de 80% de la population africaine a aujourd’hui un téléphone mobile. Souvenez-vous de votre vieux Nokia, qui tenait la batterie pendant une semaine et qui résistait à presque tous les accidents. Ces téléphones ont été particulièrement adaptés aux zones rurales africaines, où il faut souvent faire plusieurs kilomètres pour recharger son mobile. Et ont expliqué le taux de pénétration très important de la téléphonie africaine, conjointement à l’intérêt croissant des opérateurs de couvrir ces territoires de nouveaux clients.

Mais en rendant l’énergie plus accessible à ces populations, c’est toute la donne qui pourrait changer : un téléphone indestructible a un défaut majeur, il n’embarque aucun contenu. Avec l’arrivée progressive des smartphones en zone rurale, c’est la possibilité ouverte pour les populations d’avoir accès à des informations sur l’éducation, la santé, l’agriculture ou la citoyenneté, informations qui peuvent contribuer directement à l’amélioration de leur quotidien. Et les perspectives d’accès à l’énergie nécessaire sont aujourd’hui dépendantes des énergies renouvelables, comme le décrivait Arnaud Aubry dans Le Monde Afrique :

 

Dans les zones rurales, où 63 % de la population vit, l’accès à l’électricité est même souvent tout simplement impossible… Eloignée des grands centres urbains, la population est également éloignée des câbles électriques. Et ça ne risque pas de changer de sitôt car le coût de l’extension du réseau est prohibitif : entre 7 000 et 15 000 euros le kilomètre. Il faudrait 830 milliards de dollars pour réussir à raccorder toute l’Afrique au réseau électrique avant 2030.

La solution pour ces millions de personnes sans électricité ? La production autonome, « off the grid » en anglais, c’est-à-dire déconnectée du réseau électrique, et donc indépendante des infrastructures centralisées comme les centrales nucléaires ou au charbon : « C’est l’avenir pour une large partie de la population africaine », juge Andrew Scott, chercheur au sein du think tank britannique Overseas Development Institute (Institut du développement d’outremer) car c’est « la façon la plus rapide et la moins coûteuse de développer l’accès à l’électricité ».

 

Apporter au plus près des populations des kits solaires autonomes et des smartphones, c’est conjuguer modernité et ruralité, et permettre de contribuer directement au développement des territoires. Et imaginer des contenus digitaux avec et pour des usages spécifiques à ces populations est une étape essentielle de l’inclusion numérique et énergétique. Avec un écueil majeur à contourner : la couverture réseau est souvent suffisante aujourd’hui en Afrique, mais limitée à la 2G. D’où l’intérêt d’imaginer une solution dédiée qui prend en compte cet enjeu de réception avec des contenus off-line, ou compatibles avec ce faible débit. C’est l’idée derrière Moon, le projet d’un spécialiste français de l’accès à l’énergie dans les zones rurales : le numérique et l’énergie qui fonctionnent en équipe pour amener des solutions concrètes aux populations.

 

Lier énergie et numérique, une démarche vertueuse

 

L’idée est de rendre accessible, physiquement et financièrement, des kits solaires permettant d’avoir l’énergie de manière autonome, pour l’éclairage mais aussi la recharge de mobile, et plus particulièrement du smartphone compris dans le kit, permettant lui-même l’accès à des contenus spécialement pensés. Un projet test est actuellement en cours de déploiement au sud du Sénégal, et permettra de vérifier l’équation délicate mais qui semble aujourd’hui incontournable : écrire dès aujourd’hui l’Afrique de demain, avec des systèmes frugaux et écologiques, évitant d’investir des milliards d’euros dans un réseau électrique d’infrastructure lourde, qui reste, dans ces zones rurale en 2017, bien utopique.

Moon News